On sait tous que les médias traditionnels tels que la télévision ou la radio reproduisent les biais de la société. Ainsi, les contenus produits par ces deux médias représentent peu ou mal certaines catégories de la population (femmes, personnes racisées, etc.), certains opinions politiques (de gauche), et certains territoires (en dehors du centre impérialiste). Une plateforme mise en ligne récemment par l’institut national de l’audiovisuel (INA), data.ina.fr, permet, grâce des analyses statistiques par intelligence artificielle, de prouver de manière irréfutable ces problèmes manifestes de représentation et de couverture. Cet article d’analyse des médias se propose de les étudier en prenant la dernière année comme référence ; sexisme, racisme et sexisme se côtoient dans toutes les statistiques.
La place des femmes : sous-représentées dans les intervenants et les contenus
À la première observation des tables statistiques et des graphiques proposés par l’INA, un premier déséquilibre saute aux yeux : la quasi-absence des femmes dans les contenus proposés ainsi que dans les intervenants.
Sur l’ensemble des journaux télévisés, seules deux femmes font partie des 20 personnes les plus souvent citées : Marine Le Pen (10e) et Brigitte Bardot (14e). Idem à la radio (Le Pen 7e et Rachida Dati 13e) et sur les chaînes d’information en continu (Le Pen 7e et Dati 20e). Aucun programme ne fait figurer dans ce “top 20” plus de trois femmes, et rarement plus de deux). Dans le journal de TF1, aucune n’est dans les dix premiers et sur Cnews, une seule dépasse Jésus sur la liste !
On pourrait arguer que ces programmes ne font que refléter la réalité et que le véritable problème figure dans la sous-représentation – bien réelle évidemment — des femmes dans les sphères politiques, culturelles et économiques. Pourtant, il convient de rappeler que les médias façonnent le réel et les psychés, et jouent donc un rôle crucial dans la perpétuation de ces inégalités.
De plus, il serait ridicule de tenter de dédouaner les médias quand on observe les statistiques de genre de leurs intervenants. En effet, les femmes parlent moins longtemps et souvent beaucoup moins longtemps que les hommes sur tous les programmes. Les pires élèves sont Cnews (27% de temps de parole féminin) et surtout RMC (19% de temps de parole féminin). Pire : sur Canal+, le temps de parole des femmes (16%) est plus faible que le temps musical (18%).
Ces différences en temps de parole s’observent à tous les moments de la semaine (les femmes ne parlent jamais plus que les hommes sur un créneau horaire donné), et elles sont accentuées aux heures de grandes écoutes, où elles sont d’autant plus effacées par leurs collègues masculins.
Biais occidental et raciste : quel traitement de l’étranger et des personnes racisées ?
Les médias traditionnels français sont régulièrement accusés de transposer des biais occidentaux et racistes dans leurs contenus. Les statistiques le prouvent. Dans les journaux télévisés, dans les vingt pays les plus mentionnés, on ne retrouve que huit pays non occidentaux, et seulement deux (la Chine et la Turquie) qui ne sont pas liés à des conflits en cours (Iran, Israël, Gaza…). Le constat est à peu près similaire sur les chaînes d’information en continu et à la radio : les seules fois où ils abordent des pays non occidentaux, c’est dans la couverture de conflits armés. Si ce n’est pas le cas, ils sont la plupart du temps couverts négativement (démocratie en Chine, conflit diplomatique avec l’Algérie, etc.).
En plus des femmes, les autres grands absents des personnalités les plus mentionnées sont les personnes racisées. Dans les vingt plus citées par les journaux télévisés, on ne trouve que Maduro (9e), à cause de son enlèvement par les États-Unis, et sur les chaînes d’information et à la radio en continu, la seule qui entre dans le classement est Rachida Dati (20e et 13e). C’est le cas pour à peu près toutes les chaînes et tous les programmes ; les personnes racisées sont moins représentées, et quand elles le sont, c’est négativement. Si Rima Hassan rentre dans le classement pour Cnews, ce n’est pas parce que Pascal Praud en dit du bien.
Surreprésentation de la droite et de l’extrême droite, invisibilisation de la gauche
Troisième biais, et peut être le plus conséquent sur la vision du monde qu’imprime ces médias sur leurs spectateurs, ils surreprésentent la droite et l’extrême droite au détriment de la gauche. Sur les vingt personnalités les plus citées sur les chaînes d’information en continu, cinq dont d’extrême droite, onze de droite, un inclassable et trois de gauche. À la radio, c’est cinq d’extrême droite, neuf de droite, un inclassable et trois de gauche. Dans les journaux télévisés, on en retrouve sept d’extrême droite, neuf de droite, deux inclassables, et seulement deux de gauche.
Même s’il ne s’agit que de statistiques quantitatives qui n’apprécient pas la variété de la couverture des personnalités politiques par ces médias, il ne faut pas les ignorer. Ces chiffres montrent un clair biais de l’ensemble des médias traditionnels qui donnent plus d’importance à la droite et à l’extrême droite qu’à la gauche, au mépris de la déontologie journalistiques, des principes du pluralisme et des réalités électorales du pays.
On critique énormément, et à raison, Cnews pour ses dérives. Pourtant, on voit bien que l’ensemble de l’audiovisuel, privé comme public, est reproduit les mêmes. Que fait l’ARCOM ? Pourquoi ne contrôle-t-il que les temps de parole et pas le temps total accordé à chaque parti ? À l’heure de la montée du fascisme dans le monde et particulièrement en France, les médias ont une responsabilité. Le service public en particulier devrait être irréprochable, mais lui aussi semble faire campagne pour une prétendue implacable arrivée au pouvoir du Rassemblement national.