Du 22 au 31 mai se tenaient les élections consulaires. Un scrutin méconnu mais important pour les Français.es de l’étranger et qui permet de distinguer des dynamiques en vue de l’élection présidentielle, moins d’un an avant l’échéance. En 2021, elles avaient été remportées par des listes de centre-gauche, de centre-droit ou sans étiquette. Cette année, les résultats s’avèrent totalement différents, avec une progression considérable de La France insoumise. Une percée insoumise sans précédent « Cette percée de la France Insoumise aux élections consulaires montre à mes yeux que nos compatriotes vivant à l’étranger sont sensibles aux priorités que nous avons défendu collectivement : l’accès aux services publics, à l’éducation, à la lutte contre les discriminations, et plus globalement à la justice sociale et écologique. Elle montre aussi une volonté de changement en faisant élire des conseillers et conseillères consulaires déterminés et engagés qui affirment leurs convictions politiques avec clarté et cohérence. » — Martha Peciña, conseillère consulaire élue de la 2e circonscription d’Espagne, à Synergie populaire. Le communiqué de la France insoumise publié le 1er juin est triomphant. Le mouvement de gauche radicale « se félicite des résultats obtenus lors des élections consulaires » et revendique une quarantaine d’élus (contre treize en 2021, soit une multiplication par trois). Il faut souligner que cette progression est d’autant plus impressionnante que la nature de ce scrutin peut apparaître comme défavorable à la gauche de rupture : faible mobilisation, électorat dispersé empêchant les campagnes de terrain, socio-démographie plus favorable aux partis modérés, etc. Néanmoins, peu à peu, les résultats définitifs dessinent de nombreuses victoires inattendues. Les listes menées par la France insoumise — parfois seule, parfois en alliance avec d’autres partis de gauche et collectifs citoyens — sont en tête dans l’est du Canada (25%, trois élus) et au Brésil (40%, un élu), et deuxième en Argentine (23%, un élu), en Belgique (18%, deux élus), en Allemagne (26%, 2 élus), au Qatar et à Bahreïn (28%, un élu) et au Japon (23%, un élu). Elles sont premières à gauche au Mexique (15%, un élu) et en Tunisie et en Libye (23%, un élu). Il ne s’agit là que de quelques-unes des circonscriptions où les insoumis ont reçu des scores sans précédents et sont parvenus à obtenir des élu.es. Elles regroupent en tout 20 000 suffrages. On peut également noter que ce résultat se conjugue à des scores plus faibles qu’attendus pour l’extrême droite et une augmentation du total gauche dans presque toutes circonscriptions. À quoi servent les élections consulaires ? Ce scrutin reste néanmoins confidentiel en dehors des Français.es de l’étrangers et méconnu même parmi eux (15% de participation en 2021). Depuis 2014, les citoyens Français habitant à l’étranger ont l’occasion, tous les six ans, d’élire leurs représentants (433 conseillers consulaires et 77 délégués consulaires) dans des scrutins de liste proportionnels dans plus d’une centaine de circonscriptions correspondant à un pays ou une région. Ils ont un rôle consultatif et travaillent avec les ambassadeurs et consuls généraux dans la gestion de la vie quotidienne des Français de l’étranger. Ainsi, ils sont des élus locaux, similaires aux conseillers municipaux, mais sans pouvoir direct. Leurs attributions comprennent entre autres l’économie, la solidarité, la sécurité et l’éducation. Ils éliront à leur tour l’Assemblée des Français de l’étranger, leur organe représentatif auprès du Parlement et du Gouvernement, composé de 90 membres. Plus important encore, ils participent (avec les députés et sénateurs des Français de l’étranger) à l’élection de douze sénateurs, soit autant que Paris et plus que n’importe quel autre département, et ce pour un corps électoral infime par rapport à celui des départements. Quelles conséquences pour cette victoire ? En septembre, six de ces douze sénateurs seront renouvelés. Avec une quarantaine d’élus, la France insoumise est en position de force pour peut-être gagner son premier siège de sénateur chez les Français de l’étranger. En effet, en 2020, il fallait 55 voix pour obtenir un élu. S’ils s’allient avec d’autres forces de gauche ou des élus indépendants, les insoumis pourraient atteindre ce score critique qui leur permettrait d’entrer au palais du Luxembourg. Outre l’enjeu des sénatoriales, la multiplication par 3 du nombre de conseillers consulaires insoumis permet à ces élus locaux, comme les conseillers municipaux depuis les municipales, de porter les campagnes présidentielle et législatives à l’étranger (onze députés seront à élire en 2027) par une entrée dans les institutions et des relais locaux identifiés. En effet, selon le député insoumis du Val-d’Oise Aurélien Taché, le mouvement a « besoin d’un réseau d’élus à l’étranger pour représenter La France insoumise » (Le Monde). Enfin, ce résultat inattendu confirme la dynamique insoumise lancée par les municipales et corroborée par plusieurs sondages plaçant Jean-Luc Mélenchon au second tour de l’élection présidentielle. La France insoumise est bel et bien la principale force de gauche et les Français de l’étranger ont prouvé leur volonté de voir mise en place une politique de gauche radicale. Ainsi, Aurélien Taché se dit « convaincu qu’une partie des abstentionnistes que nous cherchons se trouve parmi ces Français-là. Il y a un vrai enjeu pour la présidentielle à mobiliser cet électorat ». Il s’agit en effet d’un réservoir de votes considérable en vue des scrutins nationaux : 1 700 000 inscrits et une participation bien plus faible que dans le territoire national. Bref, l’Internationale insoumise progresse !