Depuis plusieurs années, l’Internationale réactionnaire se rassemble et s’organise. Hommes et femmes politiques d’extrême droite du monde entier s’entre-aident en vue de leur projet réactionnaire. Les droites chrétiennes, climatosceptiques, identitaires, libertariennes et techno fascistes s’allient toutes, malgré leurs différences, pour lutter contre le camp progressiste. On l’a vu lors de la conférence de Bruxelles, du meeting de Milan ; Trump, Le Pen, Meloni, Orban et Milei se sont rassemblés au-delà de leurs désaccords pour former un seul front contre la gauche. De l’autre côté, les tentatives de rassemblements internationaux semblent encore bien maigres, mais une voix opposée semble prendre de l’ampleur : l’Internationale insoumise.
Pourquoi une Internationale insoumise est-elle nécessaire ?
L’histoire du mouvement ouvrier et des luttes d’émancipation a été marquée par plusieurs formes d’internationalisme : l’Internationale socialiste, l’Internationale communiste, les réseaux antifascistes ou altermondialistes. Face à la mondialisation du capital financier, à la montée des mouvements réactionnaires et à la crise écologique, certains observateurs s’interrogent sur la possibilité d’une nouvelle forme de coordination politique : une « Internationale insoumise ».
Contrairement aux internationales du XXe siècle, souvent structurées autour d’un parti dominant ou d’un centre idéologique unique, une Internationale insoumise pourrait prendre la forme d’un réseau souple de mouvements populaires, écologistes, souverainistes de gauche, féministes, antiracistes et anti-austéritaires. Son objectif serait moins l’uniformité doctrinale que la coordination des luttes contre les effets de la mondialisation néolibérale.
La nécessité d’une alliance internationale de gauche basée sur de nouveaux principes ne fait aujourd’hui plus aucun doute. On peut le dire, de manière générale, la gauche a perdu. En Europe, plus aucun pays n’est gouverné par une gauche autre que socio-démocrate. Les derniers bastions de la gauche de rupture en Amérique latine et en Afrique sont fragilisés. On l’observe en France, où la gauche représentait plus de la moitié du Parlement après la seconde guerre mondiale, avec le Parti communiste en tête, et où, aujourd’hui, une simple majorité relative semble inouïe. Dans de nombreux pays d’Europe, l’extrême droite est devenue plus puissante que tous les partis de gauche réunis, chose impensable il y a quelques décennies.
La plupart du temps, on peut retracer les échecs des partis de gauche à la trahison de la social-démocratie. Les socio-démocrates, socio-libéraux et autres réformistes, en se présentant comme les portes-étendards de la gauche et en trahissant systématiquement le peuple par des mesures ultralibérales et injustes socialement ont achevé les derniers espoirs que le peuple avait en la gauche. En France, au Royaume-Uni, en Allemagne, c’est lorsqu’ils (le Parti socialiste, le Labour et le Parti social-démocrate) étaient au pouvoir que la gauche s’est effondrée au profit de l’extrême droite.
Aujourd’hui, les militants politiques de gauche doivent faire front uni à l’échelle internationale face à la réaction. Sans coopération au-delà de l’échelle du pays, des victoires durables semblent illusoires. Leurs adversaires se mobilisent et se soutiennent partout, tandis que certains partis de gauche voient encore leur lutte comme purement nationale.
Comment la France insoumise inspire le monde
Au XVIIIe siècle, les Lumières françaises progressistes — quoique critiquables — ont inspiré les autres pays européens, leurs gouvernants et leurs mouvements de pensée. Peu après, lors de la Révolution française et le Printemps des peuples ont lancé des vagues de révoltes populaires pour l’émancipation du peuple.
De nos jours, il est indéniable que la France insoumise est le principal parti de gauche de France, mais aussi le chef de file de la gauche de rupture en Europe. Il s’agit en effet du parti de gauche radicale qui obtient les meilleurs résultats électoraux et l’un des seuls qui présente une situation d’hégémonie vis-à-vis du reste de la gauche. La victoire de la coalition menée par la France insoumise aux élections législatives de 2024, puis le succès des élections municipales de 2026 l’ont prouvé. Jean-Luc Mélenchon, lui, est devenu au fil des années une des figures de référence les plus proéminentes de gauche à l’échelle mondiale. Dès lors, cette influence sur les mouvements de gauche étrangers mène à la fondation d’une nouvelle Internationale, une Internationale insoumise.
La formation d’une grande alliance insoumise
Une telle coalition pourrait rassembler des forces politiques partageant plusieurs orientations : refus des politiques d’austérité ; défense des services publics et des biens communs ; critique des institutions économiques dominées par les marchés financiers ; transition écologique planifiée ; promotion de la souveraineté populaire face aux pouvoirs économiques transnationaux ; opposition aux mouvements d’extrême droite et aux formes contemporaines du fascisme, etc.
Les bases d’une telle organisation sont déjà jetées. Déjà, la présence de la France insoumise dans presque tous les pays du monde par le biais de LFI Monde et de multiples groupes locaux montre l’implantation de la France insoumise à l’étranger. Elle a été confirmée lors des élections consulaires de mai où le mouvement a obtenu d’importants succès, en se positionnant en tête dans plusieurs circonscriptions et en acquérant des dizaines d’élus. On a pu observer la force de frappe du mouvement en dehors des frontières françaises lors de ce scrutin mais aussi lors de l’université d’été des insoumis.es sans frontières qui se sont tenues à Berlin en juin 2025.
La France insoumise appuie surtout son influence à l’étranger par des tractations et des discussions avec d’autres partis de gauche radicale, notamment en Europe. Elles incluent les Greens et Your Party (Royaume-Uni), le Parti du travail de Belgique, les Socialistes démocrates d’Amérique, le Parti des travailleurs brésilien, Juntos (Pérou), MORENA (Mexique), Podemos, EH Bildu et Sumar (Espagne), Die Linke (Allemagne), l’Alliance de gauche (Finlande), le Parti de gauche (Suède), l’Alliance rouge-verte (Danemark), le Bloc de gauche (Portugal), la Gauche ensemble (Pologne), la Gauche italienne, le Parti socialiste de Gauche (Norvège), etc. Parmi d’autres partenaires potentiels pourraient figurer d’autres partis de gauche radicale européens, des mouvements progressistes latino-américains, certaines formations écologistes de rupture, ainsi que des organisations syndicales et associatives engagées dans les luttes sociales et environnementales.

Logo d’ELA.
Ces liens formels ou informels se sont traduits cette année, en Europe en tout cas, en la création de deux organisations. D’un côté l’Alliance de la gauche européenne pour les peuples et la planète (European Left Alliance for the People and the Planet, ELA) qui réunit dix partis de gauche européens qui s’unissent dans la lutte contre le capitalisme et l’extrême droite à l’échelle continentale. De l’autre, l’Internationale insoumise s’incarne grâce à For The People Foundation, union de cinq instituts de formation et de réflexion de gauche radicale co-dirigée par Li Anderson et Clémence Guetté.
Dans cette perspective, l’action internationale ne viserait pas seulement à nouer des solidarités symboliques. Elle permettrait également de préparer les conditions politiques d’une éventuelle arrivée au pouvoir de forces insoumises dans plusieurs pays. Pour Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, l’enjeu consisterait à démontrer qu’une alternative au modèle économique dominant ne peut être durablement mise en œuvre dans un seul État isolé. La construction de réseaux internationaux servirait alors à échanger des expériences de gouvernement, coordonner certaines campagnes, développer des analyses communes et renforcer le rapport de force face aux institutions économiques internationales.
L’idée d’une Internationale insoumise se définirait moins par une fidélité à une tradition historique précise que par une opposition simultanée à deux dynamiques : le grand capital international, accusé de concentrer les richesses, d’affaiblir les souverainetés démocratiques et d’accélérer la destruction écologique ; les mouvements réactionnaires et nationalistes autoritaires, accusés de détourner les colères sociales vers des logiques identitaires, xénophobes ou antidémocratiques.
L’ambition serait ainsi de construire une troisième voie fondée sur la justice sociale, la démocratie populaire, l’écologie et la coopération entre les peuples. Un tel projet se heurterait néanmoins à plusieurs difficultés : diversité des traditions politiques nationales, divergences géopolitiques, rapports à l’Union européenne, questions de souveraineté, ou encore tensions entre stratégie électorale et mobilisation sociale.
Comme les internationales qui l’ont précédée, une Internationale insoumise devrait résoudre une question centrale : comment articuler l’unité internationale des luttes avec la diversité des situations nationales ?